"L'ensemble et le détail chez Stefan Ramniceanu"

Alexandru Paleologu

Ferecatura exhibition catalog
October 1988

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Alexandru Paleologu (†), Romanian essayist, literary critic, diplomat —  former ambassador of Romania in France — and politician 

 
Si nous nous laissions aller jusqu’au bout des considérations qu’inévitablement suggère l’exposition de Stefan Râmniceanu, nous risquerions de pécher par excès de conséquence. Les œuvres exposées adhèrent de façon si naturelle aux ruines de la Vieille Cour, qu’on ne saurait se les imaginer ni en un autre lieu, ni distribuées autrement. Encore moins pourrions-nous les considérer isolément, chacune en tant que pièce se suffisant à elle-même et qu’il nous serait loisible de choisir, en la séparant de l’ensemble. De nos jours commence à s’imposer un type d’exposition conçue comme ensemble organique et non plus comme juxtaposition d’œuvres parmi les quelles un collectionneur puisse faire son choix. Ce phénomène mériterait à lui seul un essai d’explication, mais cela nous mènerait trop loin pour notre propos.

Il ne reste pas moins vrai, cependant, qu’après la fermeture de l’exposition ces œuvres continuent d’exister comme telles, séparément cette fois. La dispersion les rend à leur condition individuelle et c’est dans cet état qu’on les peut plus justement apprécier selon leur valeur intrinsèque et sans connotations d’emprunt. Bien entendu, je ne veux absolument pas nier la légitimité de l’impression d’ensemble, manifestement poursuivie par l’artiste en assumant une allure féodale, guerrière et courtoise, bardée de fer et de gros cuir. C’est là une affaire de style, c’est-à-dire d’esprit. Mais s’il rappelle un esprit moyenâgeux, il n’y renvoie toutefois pas. L’ensemble fait bien l’effet de s’être proposé un programme archaïsant, ou d’en donner métaphoriquement l’idée. Les œuvres vues dans leur individualité le font beaucoup moins. Une allusion iconique s’insère dans, la plupart des tableaux, tant peints que composés de métal, de bois et de cuir. Mais c’est là un art qui n’est figuratif qu’à demi, ou par allusion seulement. La plus claire est une magnifique silhouette brune, sur fond doré, allongée, suspendue, peut-être suppliciée. Cette image - et ce n’est pas la seule -, malgré un air de parenté, très éloignée d’ailleurs, avec celles d’un Cimabue, mais ayant une note de sensualité extrêmement sublimée, rompt, ou plutôt dilue, l’apparence âpre et combative et l’ensemble.

L’art de Râmniceanu s’avère, à un examen moins global, un art courageux, voire téméraire, de toute façon très viril, mais exprimant en fin de compte, à travers son attirail moyenâgeux, une aspiration des plus actuelles.